Gueule, soré, sinople et autres nuances

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Si vous fermez les yeux et que vous imaginez la table de vos rêves, dressée et nappée, garnie de mets plus appétissants les uns que les autres, les yeux clos, les papilles en éveil, la gourmandise à fleur de lèvres, parmi les effluves alléchants, quelles couleurs voyez-vous ?

Distinguez-vous ces nuances anciennes, ces plats polychromes aux surfaces colorées nettement tranchées ? Vos sens vous transportent dans le temps. Le Moyen Age vous invite.Alors, si l’idée vous vient de préparer une table médiévale, vos assiettes seront si belles, garnies d’aliments argent, or, azur, gueule, soré et sinople.La magie poétique de ces appellations évoque des pigments merveilleux, des poudres et des onguents extraordinaires et mystérieux. L’eau vous vient à la bouche et la couleur au bout de la langue.

A vos fourneaux maintenant, pour obtenir de telles nuances.
Argent, comme le blanc des poireaux, des bettes, comme le gingembre, le lait de vache ou le lait d’amande.

Or, comme le jaune des oeufs et le safran.

Azur, comme le bleu du tournesol (Crozophora tinctoria).

Gueule, comme le rouge de ce même tournesol, mais à un autre dosage, comme «le sang de dragon » une gomme résineuse de Socotra, comme le bois de santal, de cèdre, comme la racine d’orcanette et d’autres plantes encore.

Soré, comme la couleur du pain grillé, de la cannelle, toutes les nuances de cette gamme du fauve au roux.

Sinople, comme tous ces verts si généreusement offerts par la nature avec les bettes, les épinards, le fenouil, l’oseille ou des mélanges savamment dosés de tournesol et de safran.

Aujourd’hui aussi, la cuisine reste soeur de l’alchimie. Nul besoin de dénaturer vos préparations avec des colorants artificiels. Questionnez votre pâtissier préféré. Il vous livrera peut-être quelques-uns de ses secrets. Il vous dira utiliser le jaune de l’oeufs et le safran. Et aussi, le rouge du coquelicot avec un sirop de sucre pour faire ressortir le brillant du chocolat. Et la menthe et d’autres ingrédients encore…

Si après ce voyage dans un passé gourmand, aujourd’hui vous semble bien terne, rappelez-vous le poème de Jacques Prévert, «Pour faire le portrait d’un oiseau ».
«  Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
chose de joli…. »
Alors, prenez vos pinceaux, vos pigments, vos poudres et vos onguents, de la pierre d’indigo, votre mortier, vos piles de feuilles et de pétales à piler, du jaune d’oeufs toujours et d’autres trouvailles de votre cru, et …

Peignez d’abord votre couleur préférée,
sur une jolie nappe brodée.
Puis peignez quelque chose d’appétissant,
quelque chose de savoureux
Quelque chose de sucré ou de salé
Quelque chose De belle couleur…

Et savourez le repas de vos rêves, en vous entourant de ceux que vous aimez, ou seulement de vous-même, selon votre choix.