Repas de noces en Hongrie

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En Hongrie, traditionnellement, les noces étaient menées par un garçon d’honneur (võfély). Parmi ses attributions figure celle d’annoncer les différents plats qui composent le repas de noces en déclamant avec force jeux de mots qui font la joie des convives.

L’annonce du dîner « Mes chers invités, le dîner est prêt, je l’apporte tout de suite sur la table. Que celui qui n’a ni couteau ni fourchette, ni cuillère racle le bon plat avec ses mains.
Notre premier plat sera du roucoulement de poulet accompagné de beuglement de veau. A la fin, nous servirons du roulement de chariot lardé. Il y aura encore des brochettes de puces maladives, un vieil hérisson en saumure et à la place du rôti, une gibecière de phoque, puis une vieille cigogne panée de 300 ans.
Dehors, là où on cuisine, bout une grande roue de chariot. Je sais que si je vous l’amène, vous direz : « c’est très bon, bon appétit » !

Dehors, les cuisinières font la popote. Elles réussissent tout mieux que la femme du pasteur. Elles savent touiller les bons plats, mais elles savent aussi vide le pichet de vin.
Messieurs, maintenant je ne plaisante plus. A la vitesse de l’éclair, je cours à la cuisine. Je reviens à la vue de tous, si ce n’est pas de suite, ce sera à la Saint-Michel.
Je sais que chacun sourit en son for intérieur à l’idée de me voir revenir dans la pièce les mains vides. De magnifiques victuailles sont présentées sur ces plats, ce n’est ni trop salé, ni pas assez, juste bien dosé.« 

Composition du repas  Le repas est composé d’un bouillon accompagné de pâtes « escargot » (csiga tészta) qui tiennent leur nom de leur forme, d’un ragoût de viande et de pommes de terre, de poule rôtie, de pâtisseries.

Annonce du ragoût  « J’ai apporté la viande d’un jeune animal qui a perdu ses dents il y a peine 20 ans. Il a tout juste atteint 40 ans, sa pauvre tête est déjà tombée dans le chaudron. C’est pourquoi je vous prie de l’entamer vaillamment car on ne peut pas toujours saigner un faible veau. »

Annonce de la poule rôtie  « J’ai aussi apporté du rôti et même de deux sortes : un magnifique coq accompagné de sa poulette.  Mais ce coq a fait une telle bêtise : il a piqué la fiancée et lui a fait un trou que le fiancé a promis de rapiécer jusqu’à leur mort. »

Le repas est accompagné de vin, qui bénéficie d’une annonce spéciale « Comme vous le voyez, je pense à ce qu’il faut faire pour que la bonne humeur monte. J’amène des carafes et des bouteilles pleines de bon vin aux invités. Que personne ne craigne qu’il n’y en ai pas assez, on a roulé sept grands tonneaux, maintenant vides, dans la cour. Par ailleurs, le maître de maison vous prévient, qui ne boit pas sera sévèrement puni. »

Annonce des pâtisseries  « Je reviens avec des petites pâtisseries. Elles sont bien préparées avec du sucre et du miel.  Par-dessus tout, vantons leur couleur. Tout le monde sera satisfait de leur goût. »

Le repas ne dure pas plusieurs heures. La table est rapidement desservie, les musiciens préparent leurs instruments et la danse commence.
Le repas a été précédé, une semaine auparavant, de la désignation du garçon d’honneur, puis des invitations, et le jour même, de la demande de la fiancée dans la maison de ses parents, de l’adieu de la fiancée à sa famille puis de la cérémonie officielle et éventuellement, religieuse.

Annonce de clôture du dîner  « A ce que je vois, plus personne n’a faim. Au lieu de manger, que chacun se distraie. J’ai été choisi pour amener les musiciens ici. Ils cherchent les notes à la hâte, ils connaissent aussi de nobles chansons. Ils vont tout de suite volontiers empoigner leur cornemuse, si les invités leur plaquent quelque argent sur le front. »

Le garçon d’honneur ouvre la danse avec la fiancée et tout le monde se joint aux réjouissances. Plus tard, la fiancée ira se changer, pour symboliser son changement de statut, elle deviendra une jeune mariée et les invités se délesteront de quelques billets pour avoir le privilège de danser avec l’un ou l’autre des fiancés, leur assurant aussi un petit pécule. La fête continue jusqu’à pas d’heure. Tout le monde mange, danse et au petit matin, les musiciens escortent les derniers invités jusqu’à la rue.

Ces vers ont été récités par le garçon d’honneur lors d’une noce traditionnelle à Mikepércsi, près de Debrecen, dans le nord-est de la Grande Plaine hongroise, en novembre 1986.